Installés à Joué-l’Abbé dans un écrin de verdure entouré de haies et de forêts, Jean et Bérengère Aillard cultivent des légumes bio depuis 2012 et sont réunis en groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) depuis 2020.




Une reconversion professionnelle réussie
Anciennement animateur nature au parc national des Écrins et animateur de classes de neige, Jean admet toujours avoir eu la fibre environnementale, « depuis mes tout premiers cours au lycée agricole pour être honnête », raconte-t-il en déambulant entre les rangs de tomates.
Un BTS agricole, un diplôme d’ingénieur agronome spécialisé dans les cultures diversifiées à l’Institut supérieur d’agriculture Rhône-Alpes (ISARA) et une formation à la station d’expérimentation Rhône-Alpes information légumes (SERAIL) en poche, il commence ses premiers tests de culture de légumes en 2010.




Le couple s’installe en Sarthe en 2012 sur un terrain de loisirs de 2 hectares, puis la ferme s’agrandit d’année en année avec l’achat de 4 hectares supplémentaires en 2015 et en 2017, et 5 autres hectares en 2024.
Bérengère quitte le milieu hospitalier en 2018 pour obtenir un certificat professionnel de cuisine et de transformation alimentaire, en prévision d’un projet de conserverie à la ferme qui ne voit finalement pas le jour ; « la transformation des surplus demandait trop d’investissement, aussi bien financier qu’organisationnel. Et la production maraîchère m’a beaucoup plus attirée que la transformation ! »
Elle passe également un brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BPREA) via une validation des acquis de l’expérience (VAE) et rejoint officiellement Jean en tant que deuxième associée du GAEC en 2020.




Une ferme diversifiée implantée dans le terroir
Sur les 15 hectares que compte la ferme, seulement 6 d’entre eux sont cultivés : 2,5 en maraîchage et 3,5 en luzerne et céréales, ce qui permet d’assurer des rotations des cultures tous les trois ans.
Triticale, pois, féverole en hiver, sorgho en été… sont utilisés comme engrais verts en interculture et le sol est amendé par du fumier produit par leurs moutons et du compost maison. « On ne prévoit pas de produire plus ni de s’agrandir, juste d’améliorer encore et toujours nos pratiques. C’est largement suffisant pour deux personnes à temps plein et quelques saisonnier·es de temps en temps. »




Dans les 2000 m2 de serres non chauffées, ils procèdent à des tests de paillage avec leur luzerne. « On a un sol froid composé à plus de 30% d’argile sur une partie de nos parcelles. On arrive à sortir notre épingle du jeu les années sèches, mais on n’a pas suffisamment de drainage les années pluvieuses. »
Impossible de copier les modèles des fermes de leurs collègues et ami·es maraîcher·es, il faut constamment s’adapter.




À la ferme, Bérengère supervise les semis, la vente et l’administratif ; Jean s’occupe de la conduite des cultures, de l’irrigation et de la comptabilité. À part les patates douces, les pommes de terre et l’ail, tous les plants sont préparés sur place et les variétés choisies sont anciennes, reproductibles et résistantes. « On est très attachés à l’expression du terroir et à la naturalité du goût de nos légumes », souligne Jean.
Les plantations et les récoltes sont quant à elles gérées à deux : « Le plus pénible, mais le plus satisfaisant ? Les épinards qu’on ramasse feuille par feuille, sans les tiges », confie Bérengère.




La Ferme de la Muzerie écoule la quasi-totalité de ses légumes en vente directe à la ferme ou au marché et ravitaille sept cantines scolaires ultralocales ; « entre 100 et 180 élèves mangent chaque semaine nos légumes bio, c’est quand même extraordinaire », s’émerveille Bérengère.
Le couple travaille également avec des épiceries solidaires, des associations d’aide alimentaire et le Secours Populaire.
